Victor Wembanyama célèbre sa 3 à 32,3 pieds en double prolongation du Game 1 WCF 2026 face aux Thunder, Paycom Center, 18 mai 2026

La 3 à 32 pieds de Wembanyama : pourquoi elle prolonge Curry et Jordan

18 mai 2026, Paycom Center d’Oklahoma City. Deuxième prolongation, neuf secondes à jouer. Les Spurs sont à -3.

Victor Wembanyama reçoit le ballon sur l’aile gauche. Il n’y a personne entre lui et le panier. Mais il ne va pas vers le panier. Il recule.

Il recule encore, encore, jusqu’à ce que ses pieds touchent presque le logo Thunder peint sur le parquet. 32,3 pieds. Il arme. Il tire. Bon.

Le Paycom Center s’éteint d’un coup. Wemby finit à 41 points, 24 rebonds, 3 contres. Spurs 125, Thunder 118 en double prolongation. C’est le tir le plus long de sa carrière NBA.

C’est aussi exactement la même action — même distance, même parquet, même équipe en face — que Stephen Curry a sortie il y a dix ans, le 27 février 2016, dans ce qu’on appelle depuis le Double Bang.

Sauf que Curry mesure 1,88 mètre. Wembanyama 2,24. Sauf que Curry était un meneur. Wemby est un pivot. Sauf que la grammaire du shot — un geste qui annonce une époque — remonte bien plus loin que 2016.

Elle remonte au 7 mai 1989, à Cleveland, à un autre tir lointain hors-script qui avait scellé une autre transition NBA.

Victor Wembanyama célèbre sa 3 à 32,3 pieds en double prolongation du Game 1 WCF 2026 face aux Thunder, Paycom Center, 18 mai 2026
Victor Wembanyama vient d’égaliser à 9 secondes de la fin du temps réglementaire avec une 3 à 32,3 pieds. Game 1 WCF, 18 mai 2026, Paycom Center. Photo : NBA.com / Getty Images.

Avant de plonger dans chacun de ces trois moments, voici la carte rapide.

7 mai 1989

Michael Jordan, « The Shot »

Buzzer-beater sur Craig Ehlo, Game 5 playoffs vs Cleveland. Annonce l’ère Jordan.

27 fév. 2016

Stephen Curry, « Double Bang »

3 à 32 pieds en OT vs OKC, saison à 73 victoires. Annonce la révolution 3 points.

18 mai 2026

Victor Wembanyama, « Logo Three »

3 à 32,3 pieds Game 1 WCF vs Thunder, sur le parquet de Curry. Annonce la synthèse pivot-shooteur.

7 mai 1989, Richfield Coliseum : le premier shot qui annonce une époque

Le contexte : Jordan avant les titres

Dimanche après-midi de 1989, dans une salle aujourd’hui démolie. Le Richfield Coliseum, banlieue sud de Cleveland. Game 5 du premier tour des playoffs, série au meilleur des cinq. Bulls vs Cavaliers.

Cleveland a fait 57 victoires en saison régulière, Chicago 47. Michael Jordan n’a pas encore 26 ans, pas encore gagné un titre NBA. Il est, à ce moment précis, ce que les anciens appellent « le meilleur joueur sans bague ».

Le moment : trois secondes, un saut, un hang

Trois secondes à jouer. Craig Ehlo vient de mettre le panier qui place Cleveland devant 100-99. Doug Collins demande temps mort, dessine une combinaison pour Jordan.

Jordan reçoit le ballon sur l’aile droite après écran de Brad Sellers. Ehlo défend. Jordan dribble vers la ligne des lancers francs, saute. Ehlo saute aussi.

Et c’est là que tout se joue : Jordan ne tire pas en montant. Il tient en l’air jusqu’à ce qu’Ehlo retombe. Puis il libère. La balle traverse le filet. Bulls 101, Cavs 100. Buzzer.

Pas besoin de préciser lequel. Il n’y en a qu’un. On appelle ce moment The Shot, sans qualificatif.

Ce que The Shot annonce

Jordan finit à 44 points sur 17/32. Mais ce qui reste, c’est l’image : Jordan qui retombe, pompe du poing levé. La photo Andrew D. Bernstein. Une séquence vidéo NBA qui passera trois fois par semaine sur TBS et NBC pendant dix ans.

Magic Johnson et Larry Bird sont sur la fin. La ligue cherche son nouveau visage. Jordan vient de le prendre, en éliminant l’une des deux meilleures équipes de la saison régulière, au buzzer, en match couperet. The Shot est le pivot.

Aux pieds de Jordan ce jour-là : une Air Jordan IV « Bred », sortie en magasins quelques semaines plus tôt. La paire devient instantanément une grail. Trente-sept ans plus tard, le coloris se vend encore au-dessus de 600 dollars sur StockX à chaque réédition.

Pour comprendre comment cette dynamique a démarré dès la AJ3, c’est une autre histoire — mais le mécanisme est posé en 1989.

27 février 2016, Chesapeake Energy Arena : la 3 qui réécrit la grammaire

Vingt-sept ans plus tard, à Oklahoma City. Saison régulière, Warriors vs Thunder, prolongation. Score 118-118. Six dixièmes de seconde à jouer.

Stephen Curry est sur le côté gauche, encore plus loin que Jordan en 1989. Pas dans la peinture. Pas même proche de la ligne à trois points. À 32 pieds exacts du panier — soit environ 9,75 mètres.

André Iguodala lui passe la balle. Curry dribble une fois, lève la balle, tire. Bon.

Bang, dit Mike Breen sur ESPN. Bang, redit-il quand il comprend ce qui vient de se passer. La séquence devient le Double Bang.

Curry finit le match à 46 points, 12 trois points réussis — record NBA égalisé sur un match unique. Les Warriors finiront la saison à 73 victoires, record absolu jamais établi en NBA. Curry sera Most Valuable Player à l’unanimité — première fois dans l’histoire de la ligue.

Le shot de février 2016, comme The Shot de 1989, n’est pas un moment isolé. Il est le pivot d’une transition.

Curry porte ce soir-là une Under Armour Curry 2 PE — coloris jaune doré avec impression girafe en référence à Riley, sa fille. Sept ans plus tard, en février 2023, UA sortira un coloris commémoratif Double Bang! sur la Curry 2 retro et la Curry Flow 10.

La AJ4 Bred de 1989 avait inauguré le mécanisme. La UA Curry 2 Double Bang de 2023 l’a reproduit. Le cycle sneaker memorial est en place.

18 mai 2026, Paycom Center : la 3 qui ferme la boucle, sur le même parquet

Le contexte : les Thunder qu’on ne voit pas perdre

Dix ans, deux mois, vingt-deux jours après Curry. Sur ce parquet exact. La salle a changé de sponsor — Chesapeake Energy Arena est devenu Paycom Center en 2021 — mais le bâtiment est le même.

Les Thunder de 2026 sont au top de la ligue, premier seed à l’Ouest, vainqueurs du sweep face aux Lakers de LeBron James au tour précédent. Personne ne les voit perdre Game 1 chez eux. Personne ne voit Wemby, deuxième saison NBA, faire ce qu’il va faire.

Le moment : neuf secondes, trois pas en arrière

Première prolongation, 9,7 secondes à jouer, Spurs à -3. Wembanyama reçoit sur l’aile gauche. SGA défend, mais Wemby a 30 centimètres de plus.

La défense Thunder cède de l’espace, calculant qu’aucun joueur sensé ne va tirer à cette distance. Wemby recule de trois pas. Ses pieds atteignent presque le logo Paycom au sol.

Il tire. Bon. Égalisation. Salle qui s’éteint. La deuxième prolongation enchaîne. Les Spurs la gagnent 7-0.

Side-by-side du shot de Wembanyama 2026 et du Double Bang de Curry 2016 sur le même parquet d'Oklahoma City
À gauche, Curry au Chesapeake Energy Arena, 27 février 2016. À droite, Wemby au Paycom Center (même bâtiment), 18 mai 2026. Même angle, même zone du parquet, même équipe en face. Photo : Sports Illustrated.

Wemby et la signature line absente

Statistiquement, Wembanyama termine à 41 points, 24 rebonds, 3 contres, 3 passes. Il rejoint Wilt Chamberlain comme seul joueur de l’histoire à inscrire au moins 40 pts et 20 rebs dans son premier match de finale de conférence.

Le shot à 32,3 pieds est le tir le plus long jamais réussi dans sa carrière NBA.

Aux pieds : une Nike G.T. Hustle 3 en player exclusive, sans signature line propre. Wemby est, en 2026, le meilleur joueur NBA à ne pas encore avoir de modèle signature à son nom.

Les highlights de la 3 à 32,3 pieds — Game 1 WCF Spurs vs Thunder, 18 mai 2026. Source : chaîne officielle NBA.
Le compte officiel NBA documente la distance précise — 32,3 pieds — du shot de Wembanyama.

Ce qui passe d’un geste à l’autre

Trois shots, trois époques, un même mécanisme narratif. Mais ce qui passe d’un geste à l’autre n’est pas une copie. C’est une grammaire qui se transforme à chaque génération.

Trois shots, trois transitions

La lignée des tirs qui annoncent une époque NBA

Date Auteur Distance Sneaker Ce qu’il annonce
7 mai 1989 Michael Jordan, 26 ans ~ 15 pieds Air Jordan IV « Bred » Ère Jordan
27 fév. 2016 Stephen Curry, 27 ans 32 pieds Under Armour Curry 2 PE Révolution 3 pts
18 mai 2026 Victor Wembanyama, 22 ans 32,3 pieds Nike G.T. Hustle 3 PE Synthèse pivot-shooteur
Trois shots, trois sneakers, trois transitions NBA. Sources : NBA.com, Sneaker News, Sports Illustrated, The Athletic.

Entre 1989 et 2016, la NBA est passée d’un sport où on prenait des tirs à mi-distance à un sport où on en prenait à plus de 6,75 mètres. C’est Curry qui a écrit cette grammaire.

Curry n’a pas inventé la 3 lointaine. Il a inventé l’autorisation de la tenter.

Wembanyama, lui, fait quelque chose que Curry n’a jamais fait. Pas en termes de distance — c’est exactement la même. En termes d’archétype.

Un meneur qui tire à 32 pieds en 2016, c’est exceptionnel mais explicable : c’est l’évolution logique de son rôle. Un pivot de 2,24 mètres qui tire à 32,3 pieds en 2026, c’est une contradiction. Les pivots ne sont pas censés tirer à cette distance.

Wemby le fait en deuxième saison, et il le réussit dans un match couperet de finale de conférence.

Curry passe le relais : ce qu’il a dit à The Athletic

Six semaines avant le shot de Wembanyama, en avril 2026, Curry a accordé une interview à Jared Weiss pour The Athletic. Le sujet : Wemby.

La forme : un transfert d’autorité publique, calculé, qu’on n’avait plus vu depuis Magic Johnson présentant Bird à la presse en 1991.

« C’est juste une progression naturelle qu’on ne peut pas forcer, jusqu’à ce que son talent devienne tellement indéniable dans son propre style. Et si ça mène à la victoire, ça devient un effort collectif — débloquer, déchaîner, et ensuite être capable d’élever les joueurs autour. »

Stephen Curry à propos de Victor Wembanyama, The Athletic, avril 2026.

Curry ne parle pas que de talent. Il parle de mécanique de génération. Un joueur ne devient pas la prochaine figure dominante NBA par décision — il le devient quand son style force la ligue à se réorganiser autour de lui.

C’est ce que Jordan a fait à partir de 1989. C’est ce que Curry a fait à partir de 2016. C’est, selon Curry lui-même, ce que Wemby est en train de faire en 2026.

La passation explicite a aussi sa logique éditoriale. Le cycle LeBron James se ferme cette saison. Curry approche la fin à 38 ans. Kobe Bryant est parti en 2020.

Le besoin d’une nouvelle figure dominante est arrivé à maturité. La phrase Athletic d’avril, suivie du shot du 18 mai, fonctionne comme une nomination en deux actes — le maître qui parle, l’élève qui répond par un geste.

Les sneakers qui accompagnent : trois signature lines, trois marques différentes

Chacun des trois shots a été tiré dans une paire qui définissait, à son moment, l’avant-garde du basket. Et les trois portent des marques différentes — ce qui dit autre chose sur l’évolution de l’industrie.

1989 — Air Jordan IV « Bred »

Sortie quelques semaines avant The Shot, deuxième silhouette dessinée par Tinker Hatfield après la AJ3. La paire transformera Jordan Brand en sous-marque autonome de Nike en 1997. C’est l’objet fondateur d’un empire sneaker qui dépasse aujourd’hui les 7 milliards de dollars de revenus annuels.

2016 — Under Armour Curry 2 PE

Coloris jaune doré avec impression girafe inspirée de Riley, sa fille. Sept ans plus tard, en février 2023, UA sort un coloris commémoratif officiel Double Bang!.

La Curry brand est devenue une sous-marque indépendante d’UA en novembre 2020 — exactement le même chemin que Jordan Brand avait emprunté trente ans plus tôt.

2026 — Nike G.T. Hustle 3 PE

Pas une signature shoe. C’est la grosse différence du dossier.

Plusieurs leaks signalent qu’une signature Wemby est attendue en 2027. Si le timing tient, la Wemby 1 sortira après que son shot de mai 2026 sera déjà entré dans les archives — exactement la même séquence que la Curry 1 (sortie 2015, postérieure au premier MVP).

Le prochain shot sera de qui ?

La lignée Jordan 1989 → Curry 2016 → Wembanyama 2026 a son intervalle stable — 27 ans, puis 10 ans. On n’aura pas le prochain shot signature avant 2033 minimum.

Le prochain auteur n’a probablement pas encore signé en NBA. Il a entre 15 et 18 ans aujourd’hui, et il regarde Wemby tirer à 32 pieds en se disant qu’il pourra peut-être en faire autant — pas en distance, en geste signature.

Pour l’instant, en mai 2026, on a la photo. Wembanyama, paire grise aux pieds, bras levés sur le parquet d’OKC, dans le bâtiment où Curry a fait la même chose dix ans plus tôt.

Game 2 a été perdu, la série est revenue à 1-1, Game 3 se joue au AT&T Center ce soir. Quoi qu’il arrive cette semaine, le shot du 18 mai existe déjà comme une de ces images que la NBA met en boucle dans ses montages d’anniversaire.

Comme The Shot. Comme Bang Bang. Comme tous les gestes qui n’ont plus besoin d’être expliqués pour être compris.

Un pivot de 2,24 mètres qui tire à 32,3 pieds dans un match couperet de playoffs, ça n’aurait été imaginable ni en 1989, ni en 2016. C’est exactement pour ça que ça devient signature en 2026.

Toi, tu places ce shot où dans la lignée NBA ? Au-dessus du Curry 2016 — parce qu’un pivot qui tire à 32 pieds défie plus la grammaire qu’un meneur ? À sa hauteur — parce que la séquence Game 1 WCF pèse plus lourd qu’un match de saison régulière ? Ou en-dessous — parce que The Shot et le Double Bang ont eu dix puis vingt ans pour s’installer dans la mémoire, et que Wemby commence à peine ?

Dis-le en commentaire — on garde le débat ouvert jusqu’à ce que la série soit finie.

Sources

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