Dix ans de podcasts de joueurs NBA : qui parle, à quel rythme, et pourquoi Michael Jordan n’a jamais pris le micro
Le 15 juillet 2026, Jordan Brand a mis en ligne le premier épisode de Retro Sounds sur Apple Music 1 : une paire, une année, une bande-son. La marque prenait le micro comme tout le monde. Parce qu’avant elle, les joueurs y étaient déjà — et depuis longtemps. Le basket est aujourd’hui le sport américain où l’athlète parle le plus, le plus souvent, et le moins par l’intermédiaire d’un journaliste.
Tout est parti d’un seul homme. En février 2016, JJ Redick est devenu le premier joueur NBA en activité à tenir une émission hebdomadaire, chez The Vertical, la plateforme d’Adrian Wojnarowski. Dix ans plus tard, il y a des podcasts qui tournent à l’année, d’autres qui s’arrêtent en octobre, un joueur qui a coupé le sien en pleine saison pour sauver son équipe, et un débat public sur la question de savoir si tout ça abîme le jeu. Le seul absent de cette carte, c’est Michael Jordan.
Les chiffres d’audience cités ici viennent des plateformes et des médias qui les ont relevés à un instant donné. Aucun de ces programmes ne publie d’audience certifiée, et les compteurs YouTube ne disent rien des écoutes en audio seul. À lire comme des ordres de grandeur, pas comme des mesures.
\n

Adrian Wojnarowski lui propose d’écrire pour The Vertical à l’été 2015. Redick refuse, faute de temps. En octobre, Woj revient avec une autre idée : un podcast. En février 2016, Redick devient le premier joueur NBA en activité à tenir une émission hebdomadaire. Quarante épisodes chez Yahoo, puis trois saisons chez The Ringer, puis sa propre société.
\n
2016, l’année où un joueur a pris le micro
L’histoire commence par un refus. À l’été 2015, Adrian Wojnarowski propose à JJ Redick d’écrire pour The Vertical, son site tout neuf hébergé par Yahoo. Redick, encore joueur, décline : il ne se voit pas tenir une cadence d’écriture en pleine saison. En octobre, Wojnarowski revient avec une autre proposition, plus simple à porter — un podcast. En février 2016, Redick lance son émission et devient le premier joueur NBA en activité à en tenir une chaque semaine.
Quarante épisodes plus tard, il passe chez The Ringer pour trois saisons, puis fonde en 2020 sa propre société de production, ThreeFourTwo, avec Tommy Alter. C’est cette expérience accumulée pendant huit ans qui rend possible ce qui arrive ensuite : quand LeBron James se décide enfin à faire un podcast, il ne part pas de zéro, il s’appuie sur quelqu’un qui savait déjà faire.
Le résultat, Mind the Game, sort le 19 mars 2024 et fait 1,3 million de vues en vingt-quatre heures, avec 227 000 abonnés gagnés dans la même journée. Chacun des neuf épisodes de cette première saison dépassera les 700 000 vues. Le format est austère — deux hommes, du vin sur la table, des schémas tactiques — et c’est précisément ce qui frappe : il n’y a pas de journaliste, pas de plateau, pas de polémique fabriquée.
« J’en ai fini avec le podcast. Je suis excommunié. »
JJ Redick, le 24 juin 2024, en conférence de présentation comme entraîneur des Lakers
Qui tient une émission aujourd’hui
La carte s’est densifiée au point qu’on peut désormais la classer par génération. D’un côté les joueurs en activité, qui enregistrent entre deux matchs. De l’autre les retraités récents, qui ont fait du micro un vrai métier et dont certains reçoivent des invités que les chaînes n’obtiennent plus. Et depuis 2026, une troisième catégorie apparaît : celle des anciens joueurs qui quittent le podcast pour la télévision.
Le passage se fait aussi dans l’autre sens, et c’est nouveau. Redick a quitté le micro pour un banc de la NBA. Blake Griffin, lui, fait le chemin inverse en montant d’un cran : le 26 août 2026, il a annoncé The Stepback, une émission hebdomadaire produite avec Amazon Studios, YouTube et Wondery, tournée devant un public, sans aucun invité. Elle démarre le 20 octobre, jour de reprise de la saison NBA.

\n
Saison, flux continu, pause : trois manières de tenir l’antenne
C’est là que le sujet devient intéressant, parce que le choix du rythme n’est pas technique : il dit ce que le joueur accepte de risquer. Trois modèles cohabitent aujourd’hui, et ils ne racontent pas la même chose.
La saison. Mind the Game est construit comme une série télé. Saison 1 en 2024 avec Redick, neuf épisodes. Saison 2 lancée le 1er avril 2025 avec Steve Nash, qui ajoute des entretiens — Luka Dončić, Kevin Durant. Saison 3 en 2026, un épisode tous les quinze jours. Entre deux saisons, le programme disparaît complètement. C’est confortable : on ne commente jamais à chaud, on ne s’expose jamais à la question du jour.
Le flux continu. À l’opposé, The Draymond Green Show sort deux épisodes par semaine, y compris quand son auteur joue des matchs décisifs. Le programme réagit à l’actualité de la veille, et son auteur commente des joueurs qu’il affrontera le mois suivant. C’est ce qui en fait la référence du genre — et c’est aussi ce qui lui vaut des ennuis.
La pause. Troisième option, la plus rare et la plus révélatrice : arrêter. Paul George a suspendu Podcast P en pleine saison chez les Sixers, alors que l’équipe traversait une série de neuf défaites, en expliquant qu’il voulait se concentrer sur le basket et remettre son corps d’aplomb. Il l’a annoncé à la fin d’un épisode, puis a repris l’été suivant. Un joueur a donc, publiquement, reconnu que son podcast était une charge.

Ce que les joueurs pensent des podcasts des autres
C’est la partie que personne n’avait vue venir : les joueurs se jugent désormais entre eux sur leur travail de micro. Le 31 janvier 2026, sur le stream du créateur N3on, Dillon Brooks a lâché qu’il n’était pas d’accord avec l’idée de tenir un podcast pendant la saison, et a nommé deux personnes : Draymond Green et Paul George. Selon lui, ils ne jouaient pas bien parce qu’ils produisaient une émission en même temps.
Green a répondu là où il répond toujours, dans son propre épisode. Sa ligne de défense tenait moins à l’argument qu’au statut : il a rappelé que Brooks avait été démonté sur ce podcast par le passé, a suggéré que ça avait peut-être pesé dans son départ de Memphis, puis a conclu en soulignant que Brooks réalisait une de ses meilleures saisons — sans être sélectionné au All-Star Game. La pique était double.
Plus tôt, le 6 novembre, Green avait déjà sorti Paul George de son propre podium des trois meilleurs podcasteurs de la ligue. Le motif : avoir arrêté au moment où ça allait mal. Dans sa grammaire, tenir l’antenne quand l’équipe perd n’est pas une option, c’est la règle non écrite du métier. Voilà à quoi ressemble une profession qui se dote de codes : il y a désormais une manière juste et une manière fautive de tenir un micro quand on est joueur.
« Si j’étais Dillon Brooks, je n’aurais pas beaucoup d’amour pour ce podcast non plus. »
Draymond Green, dans son propre épisode, février 2026
\n
Le seul qui n’a jamais pris le micro
Fais le compte. Redick a lancé le format en 2016. LeBron a fait 1,3 million de vues en un jour. Draymond tient deux rendez-vous par semaine depuis cinq ans. Carmelo a construit un studio de 575 mètres carrés à Red Hook. Kevin Durant a monté un réseau entier autour du sien. Jordan Brand, la marque, a désormais son émission sur Apple Music. Et Michael Jordan n’a jamais enregistré un seul épisode de quoi que ce soit.
Ce n’est pas une question de génération : Gilbert Arenas, Matt Barnes, Quentin Richardson, Darius Miles, Gilbert et les autres ont tous joué avant l’ère du streaming et sont pourtant à l’antenne. Ce n’est pas non plus une question de moyens. C’est une position. Jordan ne parle publiquement que lorsqu’il vend quelque chose qui lui appartient — une paire, une écurie de course, un projet — et il refuse depuis vingt ans le commentaire gratuit sur le travail des autres.
La saison écoulée l’a démontré à la lettre. Sa seule prise de parole basket depuis The Last Dance tenait dans une interview unique, enregistrée avant le début de saison et découpée par NBC en segments. Aucun direct, aucune réaction à chaud, aucun échange avec un pair. Là où toute une génération a choisi de tenir l’antenne en continu, lui a livré un objet fini, une fois, et s’est retiré.
Parler pour exister
Le joueur possède son canal, choisit ses invités, fixe son rythme et n’a plus besoin d’un média pour être entendu. En échange, il doit alimenter, réagir, assumer chaque phrase — et il est jugé sur sa régularité autant que sur son jeu.
Se taire pour valoir
Rareté organisée. Chaque apparition devient un événement précisément parce qu’il n’y en a presque jamais. Le coût : aucune maîtrise du récit entre deux prises de parole, et un espace laissé libre à ceux qui parlent à sa place.
Ce que ça change concrètement pour toi
Si tu veux comprendre le jeu, va vers les formats en saison. Mind the Game est le seul programme où deux joueurs de très haut niveau décortiquent des systèmes au tableau, sans plateau ni polémique. Nouvel épisode tous les quinze jours, sur YouTube et Amazon Prime Video. C’est aussi le plus exigeant : si tu ne connais pas le vocabulaire, les premiers épisodes de la saison 1 servent de manuel.
Si tu veux de l’actualité, c’est le flux continu qu’il te faut. Draymond Green sort deux épisodes par semaine et réagit à ce qui vient de se passer. Gilbert Arenas est en direct du mardi au jeudi. Ces formats-là sont bavards, parfois injustes, souvent drôles, et te donnent la température du vestiaire bien plus vite qu’un article. Pour les grands entretiens, va chez All the Smoke ou 7PM in Brooklyn — c’est là que les joueurs viennent parler longtemps.
Et pour la culture sneaker, garde un œil sur Retro Sounds, qui paraît au rythme des sorties Jumpman et non selon un calendrier fixe. Chaque épisode prend une paire, l’année de sa sortie, et la musique qui allait avec. Le premier est parti de l’Air Jordan 3 « True Blue » et de 1988. C’est gratuit sur Apple Music 1, et c’est le seul endroit où la marque raconte elle-même sa propre histoire sonore.
Dix ans après le coup d’envoi donné par JJ Redick en février 2016, le podcast de joueur est devenu un métier avec ses codes : trois modèles de diffusion, un débat public sur le fait d’enregistrer en pleine saison, et des joueurs qui se classent entre eux. Blake Griffin ouvre le 20 octobre avec un format télévisé, sans invité.
Trois inconnues restent au tableau : personne ne publie d’audience certifiée, ce qui rend toute comparaison approximative ; aucune enquête ne recense ce que les joueurs écoutent réellement, seulement là où ils acceptent de venir ; et le calendrier de Retro Sounds reste indexé sur les sorties Jumpman, donc imprévisible.
Sources
- « Mind the Game », Wikipédia, consulté le 27 août 2026, et ses sources primaires : Rohan Nadkarni (Sports Illustrated, 21 janvier 2022) sur les débuts de Redick, Dave McMenamin et Shams Charania (ESPN, 26 mars 2025) sur l’arrivée de Steve Nash.
- Rowan Kavner, « Redick To Be First Active NBA Player With Weekly Podcast », NBA.com, 28 janvier 2016.
- « Jordan Brand Is Launching a Podcast With Each Episode Focusing on an Air Jordan’s Musical Legacy », Footwear News, juillet 2026.
- « Draymond Green torches Dillon Brooks’ comments about his, Paul George’s podcasts », NBC Bay Area, février 2026.
- « 76ers’ Paul George expounds on decision to put podcast on hold », ESPN.
- « Blake Griffin to host new late night talk show, “The Stepback with Blake Griffin” », ESPN, 26 août 2026.
- Fiches officielles des programmes : The Draymond Green Show, 7PM in Brooklyn, All the Smoke, The ETCs with Kevin Durant.
