Whodini dans le vestiaire, un autographe à 5 dollars : Common raconte l’arrivée de Michael Jordan

Whodini dans le vestiaire, un autographe à 5 dollars : Common raconte l’arrivée de Michael Jordan

Il avait douze ans, une paire de baskets offertes par la maison et un badge qui lui donnait accès au vestiaire des Chicago Bulls. Le 27 juillet, sur le plateau de Live with Kelly and Mark, Common est revenu sur la ligne de sa biographie que personne n’attend : avant le rap, avant les Oscars, il ramassait les ballons pendant que Michael Jordan débarquait en NBA. Ce qu’il en garde n’est pas une action de légende. C’est une histoire de musique interdite et un autographe raté.

L’essentiel

Qui
Common, 54 ans, rappeur et acteur de Chicago
Quand
Ball boy des Bulls de 11 à 13 ans, saisons 1983 à 1985
Le témoin
La saison rookie de Jordan, 1984-85, vue depuis le banc
Le relais
Rediffusé le 27 juillet 2026 sur Live with Kelly and Mark

Le job venait de l’ABA, pas du hasard

Lonnie Rashid Lynn Jr. grandit à l’angle de la 87e rue et de Stony Island, South Side de Chicago. Son père, Lonnie Lynn, a joué en ABA — cette ligue rivale, plus rapide, plus noire, plus musicale, que la NBA a fini par absorber en 1976. Parmi ses coéquipiers de l’époque : Rod Thorn.

Quinze ans plus tard, Rod Thorn est general manager des Chicago Bulls. C’est lui qui, en juin 1984, utilise le troisième choix de la draft sur un arrière de North Carolina que Portland vient de laisser passer. C’est aussi lui qui règle le sort du fils de son ancien coéquipier en une phrase, racontée par Common dans le podcast All The Smoke : « Écris une lettre, tu auras le job. »

« J’étais là quand Mike est arrivé. Je récupérais des chaussures de sport, je les revendais ou je les donnais à mes profs. J’avais une paire d’Air Jordan, une des toutes premières, qu’il avait signée. »

La chronologie est nette. Common entre au Chicago Stadium sur une équipe médiocre — Quintin Dailey, Ennis Whatley, Orlando Woolridge — et voit arriver, un an plus tard, le joueur qui va faire basculer la franchise. Jordan finit sa première saison Rookie of the Year, All-Star, et sort au premier tour contre Milwaukee. Il faudra encore six ans pour le premier titre. Common, lui, aura quitté le poste depuis longtemps.

Whodini, et la règle qui a sauté en deux matchs

La scène qu’il raconte le mieux ne se joue pas sur le parquet mais dans le vestiaire, pendant la présaison. Le rookie met de la musique. Du Whodini — le trio de Brooklyn qui, en 1984, sort Escape et impose le rap sur les radios noires américaines.

Rod Thorn intervient : c’est le règlement, pas de musique. Puis la présaison avance, Jordan met 30 points sans forcer, et la règle disparaît. Après le deuxième match d’exhibition, on lui fait savoir qu’il peut passer ce qu’il veut. Common a douze ans et il assiste, sans le savoir, à la première négociation gagnée par Michael Jordan dans une franchise NBA.

Pourquoi ça compte

Le rap entre dans les vestiaires NBA au milieu des années 80, contre l’avis des dirigeants. Quarante ans plus tard, Jordan Brand construit des playlists officielles avec Apple Music. La boucle passe par un poste de radio et un GM contrarié.

Cinq dollars, un faux, et un « Michael » mal orthographié

L’autre anecdote est moins glorieuse et bien meilleure. Les gamins du quartier savent où il travaille. Ils lui commandent des autographes. Il fixe son tarif : cinq dollars.

Il descend voir Jordan avec le papier. Jordan lui dit de signer lui-même. Common signe. Le client examine la marchandise et rend son verdict : « Mec, c’est pas Michael Jordan. » Il avait écrit « Michael » de travers. Il n’a jamais touché ses cinq dollars.

L’histoire est drôle, mais elle dit quelque chose de précis sur 1984-85 : la signature de Jordan a déjà une valeur marchande dans une cour d’école de Chicago, avant le premier titre, avant Be Like Mike, avant que la Air Jordan 1 ne devienne autre chose qu’une chaussure interdite par la ligue. Un enfant de douze ans avait compris le modèle économique avant les adultes.

Trois scènes de la saison 1984-85, racontées par Common


Ce que Chicago a fait de ce gamin

Common n’a pas rangé le basket avec les ballons. Huit participations au NBA All-Star Celebrity Game, un trophée de MVP en 2020, une carrière d’acteur qui l’a mené jusqu’à un rôle de basketteur dans Just Wright. Et, en 2026, la voix et la production de Soul Power, la série documentaire de Prime Video sur l’ABA — cette même ligue où son père jouait quand Rod Thorn était son coéquipier.

Il y a des boucles qui se referment trop proprement pour être racontées. Celle-là est vraie. Un père en ABA, un fils qui ramasse les ballons de Michael Jordan, et quarante ans plus tard le fils qui raconte l’ABA à la télévision américaine. Entre les deux, une carrière entière construite sur la même matière : Chicago, la musique, et le fait d’avoir été là.

Reste une question que personne n’a posée sur le plateau de Kelly et Mark. Cette paire d’Air Jordan signée, une des toutes premières, offerte à un gamin de douze ans qui revendait ses chaussures à ses professeurs : où est-elle aujourd’hui ?

Image à la une — Photo : United Press International, domaine public, via Wikimedia Commons.

Sources

À lire aussi sur His Airness : la légende Boyz II Men autour de la Air Jordan 11, Jordan Brand qui met une bande-son sur chaque paire avec Apple Music et la Jordan Triangle « NY vs. NY » qui chausse le playground new-yorkais.

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