La Jordan Spizike a vingt ans : cinq Air Jordan dans une paire, et un personnage de cinéma
Le 21 octobre 2006, Jordan Brand met en vente une chaussure qui n’existe pas. Pas au sens propre : la Spizike est bien là, en 4 032 exemplaires numérotés. Mais elle n’appartient à aucune génération. Ce n’est ni une rétro, ni un nouveau modèle. C’est un assemblage de cinq Air Jordan différentes, monté pour rendre hommage à un homme qui n’a jamais joué en NBA.
Vingt ans plus tard, elle est de retour en boutique, en version montante et en version basse. L’occasion de rappeler pourquoi cette paire bizarre compte autant.
Cinq modèles fondus dans une seule silhouette : la 3, la 4, la 5, la 6 et la 20. Aucun match, aucun titre : la Spizike commémore une campagne publicitaire et un personnage de cinéma. En 2026, c’est la version basse qui porte le catalogue, à 165 dollars.
Spike plus Mike
Le nom dit tout : Spike et Mike, contractés. Spike Lee est réalisateur, new-yorkais, supporter des Knicks. Michael Jordan est le joueur qui a le plus souvent brisé le cœur du Madison Square Garden. Entre les deux, il y a une décennie de publicités qui ont changé la façon dont on vend des chaussures.
Il faut être précis sur un point, parce que la légende s’est épaissie avec le temps : rien n’indique que Spike Lee ait participé au dessin de la Spizike. Les sources de référence, à commencer par Sole Collector, parlent d’un hommage rendu au cinéaste et à son personnage, pas d’une collaboration. Le nom du designer n’est d’ailleurs documenté nulle part sérieusement. Mieux vaut ne pas l’inventer.
Mars Blackmon, ou comment une comédie fauchée a créé une industrie
Le personnage apparaît en 1986 dans She’s Gotta Have It, premier long métrage de Spike Lee, qui joue lui-même le rôle. Mars Blackmon est un jeune homme de Brooklyn, bavard, amoureux, fan des Knicks, et incapable de retirer ses Air Jordan.
Deux publicitaires de l’agence Wieden+Kennedy, Jim Riswold et Bill Davenport, voient la bande-annonce du film avant une séance et comprennent immédiatement ce qu’ils tiennent. Riswold a raconté la suite à Complex : « We called Spike the next day. […] His only question was, « I get to direct the spots, right? » » Lee ne voulait pas seulement jouer. Il voulait réaliser. Il a réalisé.
Complex situe le tournage du premier spot au 7 décembre 1987. La date exacte de première diffusion n’est pas documentée avec certitude, et le nombre total de publicités tournées est lui-même contesté — le site le signale explicitement. Ce qui n’est pas contesté, en revanche, c’est l’effet.
« It was the first time humor ever made its way into a Nike spot […] it demystified and humanized Jordan. »
Jim Riswold, Wieden+Kennedy, à Complex
« It’s gotta be da shoes. »
Mars Blackmon, dans les publicités Nike de la fin des années 1980
Trois mots qui expliquent, mieux que n’importe quelle étude de marché, comment une paire de baskets de sport est devenue un objet de mode que l’on achète sans jamais mettre un pied sur un terrain.
Un détail qui divise encore les sources
Sur le décompte des modèles fondus dans la Spizike, tout le monde n’est pas d’accord. Sole Collector et Sneaker News en listent cinq : la 3, la 4, la 5, la 6 et la 20. Nice Kicks, dans son papier de juin 2026, en ajoute une sixième, la 9. Aucune des deux versions n’est absurde, mais la première est la plus ancienne et la plus détaillée, partie par partie. C’est celle que nous retenons ici, en signalant l’écart.
La 16, souvent citée sur les forums, n’apparaît dans aucune source solide. Le premier coloris, lui, est parfaitement établi : White/Varsity Red-Cool Grey-Classic Green, sous la référence 315371-161.
2026 : la Spizike revient, et c’est la basse qui mène
Jordan Brand avait introduit une version basse, la Spiz’ike Low, en 2024. En 2026, c’est elle qui porte le catalogue, avec une série de coloris dont les dates précises ne sont pas toutes publiées : les fiches se contentent souvent de la mention « 2026 ».

Spike Lee n’a jamais quitté la maison
La relation ne s’est pas arrêtée aux années 1990. En novembre 2025, c’est Spike Lee qui a dévoilé la Levi’s × Air Jordan 3, en denim selvedge bleu marine avec l’étiquette rouge de la marque — un premier aperçu que Jordan Brand a confirmé comme authentique. Pendant les Finales NBA 2026, il a reçu une Air Jordan 3 dépareillée aux couleurs des Knicks, exemplaire unique, avec la mention « Mars Blackmon » au talon.

Il y a même une transmission familiale : la Jordan Mars 270, sortie il y a quelques années, porte le nom du personnage et a été dessinée par Jackson Lewis Lee, son fils.

Ce que ça change concrètement pour toi
D’abord, une bonne nouvelle de budget. À 165 dollars, la Spizike Low se situe très en dessous des rétros montantes du moment, qui tournent entre 210 et 240. Pour une silhouette qui contient cinq modèles à elle seule, le rapport est difficile à battre.
Ensuite, une question de taille. La Spizike combine des pièces empruntées à des moules différents : si tu ne l’as jamais portée, essaie avant d’acheter en ligne, ou commande chez un revendeur qui accepte les retours.
Enfin, une date à noter. Les vingt ans tombent le 21 octobre. Si Jordan Brand prévoit une réédition anniversaire du coloris de 2006, c’est autour de cette fenêtre qu’elle se placera — rien n’est annoncé à ce jour, et méfie-toi de tout ce qui circulera d’ici là sans source.
Ce qu’une chaussure peut commémorer
Reste une question que ce vingtième anniversaire pose sans y répondre. Jordan Brand a passé deux décennies à rééditer des chaussures que Michael Jordan a portées. La Spizike, elle, ne commémore aucun match, aucun tir, aucun titre. Elle commémore une publicité. Combien de marques peuvent se permettre ça ?
Jordan Brand a passé vingt ans à rééditer des chaussures que Michael Jordan a portées sur un parquet. La Spizike, elle, ne renvoie à aucun match, aucun tir, aucun titre. Elle renvoie à une campagne publicitaire et à un personnage de fiction.
C’est peut-être ce qui la rend si difficile à copier. Une silhouette se dessine ; une réplique de cinéma, non.
Sources
- Complex / Sole Collector — Jordan Spiz’ike: The Definitive Guide to Colorways
- Complex — Jim Riswold et le premier spot Air Jordan
- Nice Kicks — The Return of the Jordan Spizike Feels Right on Time
- Sneaker News — Jordan Spiz’ike Low, coloris 2026
- Sneaker Bar Detroit — Spike Lee et la Air Jordan 3 « Knicks » PE

