LeBron James veut emmener les gamins des quartiers sur les greens — le contre-pied du golf de Jordan

LeBron James veut emmener les gamins des quartiers sur les greens — le contre-pied du golf de Jordan

Le 15 août 2026, LeBron James a ouvert une chaîne YouTube. Pas une chaîne basket : une chaîne golf. La première vidéo, plus de quatre-vingt-dix minutes, filme la réunion des Cavaliers champions 2016 partis taper des balles en Écosse. Un mois plus tôt, sur la scène du Game Plan Summit de CNBC Sport et Boardroom, il avait expliqué à Rich Kleiman ce qu’il comptait faire de ce sport. Les deux choses vont ensemble.

Ce qu’il a dit à Rich Kleiman

Le 16 juillet, à New York, Kleiman lui demande quel est le vrai projet derrière le golf. La réponse est précise : ouvrir des portes « aux gamins qui me ressemblent, qui grandissent dans l’inner city », pour qu’ils puissent entrer dans un country club à sept, huit, neuf ans, y faire le caddie, y louer des clubs, être coachés et jouer.

Ce n’est pas une phrase de fondation. C’est une description de mécanique : caddie, location, coaching. Trois portes d’entrée concrètes dans un sport qui n’en a presque aucune.

Lui-même est passé par là tardivement. Il est devenu membre du Portage Country Club et de Firestone, tous deux à Akron, sa ville. À quarante et un ans, entrant dans sa vingt-quatrième saison NBA, il découvre en adulte fortuné un sport auquel il n’avait pas accès enfant. C’est probablement ce décalage qui a produit le projet.

LeBron James avec Team USA aux Jeux de Paris 2024
LeBron James sous le maillot de Team USA aux Jeux de Paris, en 2024. Crédit : Clément Bardot via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Le golf de Jordan, le golf de LeBron

Michael Jordan et le golf, c’est une histoire longue et documentée. Les parties interminables pendant les playoffs, les paris, les parcours privés, et plus tard un club à son nom en Floride. Le golf a été pour lui l’espace où le champion restait compétitif sans public : un loisir de statut, fermé par construction.

Ce n’est pas un reproche. C’est le golf tel qu’il existait, et Jordan n’a fait qu’y entrer par la porte que sa réussite lui ouvrait. Là où Jordan a rejoint le club, LeBron veut en fabriquer l’entrée pour d’autres. La différence n’est pas morale, elle est générationnelle.

Le même sport, pris par deux bouts opposés
Le golf de Michael Jordan
Un espace fermé, par construction
FonctionLoisir du champion au repos
DécorParcours et clubs privés
PublicAucun, ou trié
ProlongementUn club à son nom en Floride
MessageLa réussite donne accès
Le golf de LeBron James
Un accès à fabriquer pour d’autres
FonctionProjet d’accès et de contenu
DécorCountry clubs d’Akron, Écosse
PublicChaîne YouTube, un épisode par mois
ProlongementCaddie, prêt de clubs, coaching
MessageL’accès se construit
Les trois verrous du golf
Le parcours
Une infrastructure rare, chère, rarement publique.
Le matériel
Un jeu de clubs complet avant même la première balle.
Le code social
Savoir se tenir sur un parcours s’apprend ailleurs qu’au practice.

La chaîne YouTube, ou comment rendre le golf regardable

Le choix du premier épisode dit tout. Pour se présenter à une audience neuve, James n’a pris ni les Lakers, ni Philadelphie où il joue désormais, ni sa carrière récente. Il a pris les Cavaliers de 2016.

Le format est un scramble à trois contre trois, tourné en Écosse en juin, pour les dix ans du titre. James, Richard Jefferson et Kevin Love contre J.R. Smith, Channing Frye et Tristan Thompson. La pluie coupe la première journée, ils reviennent le lendemain. Frye rentre un putt, se tourne vers James et lance : « Cleveland, this is for you ! » — une pique adressée à un homme qui a quitté la franchise deux fois, envoyée par un coéquipier qui a levé la bannière avec lui.

Le premier épisode : les Cavaliers 2016 réunis sur un parcours écossais. Crédit : chaîne YouTube de LeBron James

Le passage le plus marquant n’est pourtant pas une balle. Entre deux trous, le groupe se met à parler de l’après-carrière, et Smith comme Jefferson reconnaissent qu’ils n’ont toujours pas digéré la perte de cette part d’identité. James écoute. Il est le dernier de ce noyau encore en activité.

Un épisode par mois est annoncé, construit autour de parcours et d’invités. Un format peu coûteux, qui tourne en parallèle de la saison sans jamais toucher au basket.

Pourquoi le golf, précisément

Le basket n’a pas besoin de LeBron pour exister dans les quartiers. Un terrain, un ballon, et le jeu se transmet tout seul. C’est même le sport le plus démocratique des États-Unis par sa barrière à l’entrée quasi nulle.

Le golf est l’exact opposé. Intervenir sur le basket, ce serait prêcher un converti. Intervenir sur le golf, c’est s’attaquer à l’endroit où le verrou est réel — et où il est aussi social que financier.

Ce que ça dit de l’après-carrière

Les grands joueurs ont longtemps eu deux options pour la suite : le costume de dirigeant, ou le retrait. Jordan a pris la première, en rachetant une franchise. LeBron construit depuis quinze ans une troisième voie, où le sport n’est plus l’objet mais le moyen : l’école ouverte à Akron, SpringHill pour la production, et maintenant une chaîne qui documente son propre apprentissage.

Sa fortune est estimée à 1,4 milliard de dollars en 2026, dont plus d’un milliard gagné hors des parquets. Une étude de juillet 2026 classant les entreprises d’athlètes par chiffre d’affaires place deux de ses structures dans les cinq premières. Il a les moyens de tenir un projet qui ne produira rien de visible avant dix ans.

Reste la question que personne ne peut trancher : combien de gamins faudra-t-il voir arriver sur un parcours pour que ça compte ? Le golf américain a déjà connu des programmes de diversification sans que sa composition sociale en soit bouleversée. LeBron pousse un mur que d’autres ont déjà poussé. Il a simplement une caméra, une audience mensuelle, et plus de temps devant lui.

Sources

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