Nike: Form Follows Motion — la première rétrospective muséale de Nike arrive à New York

Nike: Form Follows Motion — la première rétrospective muséale de Nike arrive à New York

Le 12 septembre, le Museum of Arts and Design de New York ouvre la première rétrospective muséale jamais consacrée à Nike. Elle vient d’Allemagne, elle puise dans des archives que la marque n’avait jamais ouvertes à ce point, et elle acte quelque chose que les collectionneurs savaient déjà sans pouvoir le prouver : la sneaker de basket a fini par entrer au musée par la grande porte.

Les faits


Museum of Arts and Design, New York
Quand
12 septembre 2026 – 7 mars 2027
Commissariat
Glenn Adamson, assisté de Marcella Hanika
Origine
Vitra Design Museum, Allemagne
Sections
4

Une exposition qui a déjà vécu une vie

La rétrospective n’est pas née à New York. Elle a été conçue par le Vitra Design Museum, à Weil am Rhein, où elle s’est tenue du 21 septembre 2024 au 18 mai 2025 — une date de clôture repoussée de deux semaines par rapport aux 4 mai annoncés au lancement. C’est cette version, remontée et adaptée, qui traverse l’Atlantique. Le MAD la présente comme la première exposition muséale d’ampleur consacrée à la marque, et les deux institutions emploient la même formule : jamais un musée n’avait fait ça avec Nike.

Le commissaire est Glenn Adamson, historien du design et commissaire-conservateur associé du Vitra, épaulé par Marcella Hanika. La scénographie est signée JA Projects, le graphisme Daniel Streat / Visual Fields. Ce n’est pas un dispositif de marque déguisé en exposition : c’est un musée qui a obtenu l’accès à un fonds d’entreprise.

Prototype mécanique Nike Shox de 1981 exposé dans Nike: Form Follows Motion
Photo : Early Mechanical Shox Prototype, 1981. © Nike, Inc., via Museum of Arts and Design.

Ce que contient le fonds

Le cœur du sujet, c’est le Department of Nike Archives, que la marque abrège en DNA. Plus de 200 000 objets conservés à Beaverton, dont l’accès public n’avait jamais été consenti à cette profondeur. L’exposition en tire quatre sections chronologiques : Track, Air, Sensation et Relation. La dernière rassemble à elle seule cinquante paires issues de collaborations artistiques et de projets communautaires.

Un mot sur ce que l’on ne sait pas encore, parce que c’est là que les articles se trompent en général : ni le MAD ni le Vitra ne communiquent de nombre total de pièces exposées, et le communiqué cite « la Air Jordan » au générique, aux côtés du Waffle Trainer, de l’Air Force 1, de l’Air Max, du Flyknit et du Vaporfly, sans nommer un seul modèle précis. Le partenariat avec Michael Jordan est traité dans la section Air. Quiconque vous annoncera que telle paire de 1985 est sous vitrine invente.

Nike est à bien des égards le sujet parfait pour une exposition de design, une intersection entre le style et la technologie, avec un attrait évident pour le public mais aussi beaucoup d’histoires inconnues.

Glenn Adamson, commissaire de l’exposition, à Dezeen, 24 septembre 2024.

Les quatre sections
Cliquez pour voir ce que couvre chacune.

Visuel de l exposition Nike: Form Follows Motion au Vitra Design Museum
Photo : © Vitra Design Museum, graphisme Daniel Streat, Visual Fields.

Le hors-champ

L’objet préféré du commissaire n’est pas une sneaker culte mais un prototype qui n’a jamais été vendu : le Shox mécanique de 1981. Adamson en dit qu’il « montre jusqu’où la culture de recherche et développement de Nike peut aller, et aussi combien ce processus peut être long ». La technologie Shox n’atteindra le marché qu’en 2000 — dix-neuf ans plus tard. C’est cet objet que le MAD a choisi comme visuel officiel.

Ce que ça change concrètement pour vous

Si vous passez par New York entre septembre et mars, l’entrée au MAD est à 20 $ en plein tarif, 16 $ pour les seniors, 14 $ pour les étudiants, gratuite pour les adhérents et les moins de 12 ans — étant entendu qu’aucun tarif spécifique à l’exposition n’a été publié à ce jour, et qu’un billet majoré reste possible. Deux dates à noter : une soirée d’ouverture réservée aux membres le 18 septembre, et surtout une conversation entre Glenn Adamson et Nicholas Schonberger, directeur du récit d’entreprise chez Nike, le 19 septembre. Pour ceux qui ne traverseront pas l’Atlantique, il reste le catalogue : 356 pages, près de 300 images, avec des textes de Sam Grawe, Adam Bradley, William Myers, Jared Dalcourt et Ligaya Salazar.

Le vrai sujet

Une marque qui ouvre ses archives à un musée ne fait pas de la philanthropie, elle fabrique de la légitimité patrimoniale. Le pari de Nike est limpide : faire regarder ses objets comme on regarde du design, pas comme on regarde des produits. Le risque symétrique est tout aussi clair — une exposition entièrement nourrie par le fonds d’une entreprise reste une exposition dont l’entreprise a fourni la matière. Reste que la question qui nous intéresse ici a déjà sa réponse. On a passé quarante ans à se demander si une paire d’Air Jordan était un objet de collection. Un musée de New York vient de trancher en accrochant un prototype de 1981 au mur.

Sources

À lire aussi sur His Airness : le Jordan Design Studio et ses huit villes, la Air Jordan 3 unique de Spike Lee, et le parquet des trois titres des Bulls vendu chez Sotheby’s.

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