Mbappé quitte Nike pour On : le contrat que Nike a inventé avec Michael Jordan lui revient en pleine figure
Il y a une phrase que les gens du marketing sportif répètent depuis quarante ans sans toujours savoir d’où elle vient : un athlète qui touche un pourcentage vaut mieux qu’un athlète qui touche un chèque. Elle vient de Beaverton, automne 1984, d’une négociation où une marque de troisième rang a proposé à un rookie de Chicago quelque chose que personne ne proposait alors — une part de ce qu’il allait vendre.
Le 18 septembre 2026, cette phrase est revenue à l’envoyeur. Kylian Mbappé, sous contrat Nike depuis ses huit ans, a signé chez On. Le communiqué de la marque suisse ne donne ni montant ni durée ; un porte-parole a seulement confirmé à CNN que l’accord mêle du cash et des titres. D’après L’Équipe, Nike avait posé sur la table dix ans à plus de 20 millions d’euros par an. Mbappé a dit non.
On annonce Mbappé comme ambassadeur mondial et Thierry Henry comme directeur du football. Le montant et la durée du contrat ne sont pas communiqués : la marque confirme seulement une part en cash et une part en titres. Les chiffres qui circulent — l’offre Nike à plus de 20 M€ par an, la valeur de la participation de Roger Federer — viennent de la presse, pas des entreprises concernées, et sont à prendre pour ce qu’ils sont.

Nike l’avait repéré et signé enfant, bien avant Monaco, bien avant le Paris Saint-Germain, bien avant le Real. La marque en a fait le visage de ses campagnes football et lui a fabriqué des dizaines de coloris personnels. Son contrat est arrivé à échéance à l’été 2026.
Ce que On a réellement annoncé
Trois choses, le même jour. Mbappé devient ambassadeur mondial. Thierry Henry devient directeur du football — un poste qui n’existait pas, dans une catégorie où la marque n’avait jamais mis un pied. Et On confirme qu’elle travaille à adapter sa technologie LightSpray, un procédé où un robot projette un filament continu pour former la tige d’une chaussure, aux exigences du football. Les premiers crampons sont annoncés pour 2027.
Le reste est volontairement flou. Ni durée, ni montant. Interrogée par CNN, la marque s’est contentée de dire que l’accord comprend une part en numéraire et une part en titres. C’est la seule information confirmée de première main, et c’est précisément celle qui compte.
Nike n’a pas perdu un joueur sur un chèque. Elle a perdu sur une idée qu’elle a eue la première.
Le nœud du dossier
Pour le reste, il faut passer par la presse. L’Équipe avance une contre-offre Nike à dix ans et plus de 20 millions d’euros annuels. Le chiffre n’est confirmé par aucune des deux entreprises, et il faut le lire au conditionnel. Mais il pose bien le problème : si l’information est exacte, Mbappé a refusé le plus gros contrat d’équipementier jamais proposé à un footballeur pour aller chez une marque qui ne fabrique pas encore de crampons.
La leçon de 1984, que Nike a écrite elle-même
Il faut se souvenir de ce qu’était Nike à l’automne 1984 sur le marché du basket : une marque de milieu de tableau, loin derrière adidas et Converse. Jordan n’en voulait pas. Il portait des Converse à North Carolina et rêvait des trois bandes. Ce sont ses parents qui l’ont poussé à aller écouter la proposition en Oregon.
La proposition n’était pas la plus riche. Selon David Falk, l’agent qui a mené la négociation avec Phil Knight et Rob Strasser, c’est Spot-Bilt — la marque qui sponsorisait alors O.J. Simpson — qui avait déposé l’offre la plus élevée de toutes. Nike a gagné avec autre chose : un intéressement sur chaque paire portant son nom, à une époque où cela ne se faisait pas. Falk chiffre l’ensemble à environ sept millions de dollars stock-options comprises, ce qui est déjà une correction du folklore des « 500 000 dollars par an ».
Le reste appartient à la comptabilité. La ligne devait faire quatre millions de dollars de ventes en trois ans sous peine de résiliation ; elle en a fait soixante-dix en deux mois au printemps 1985. Quarante et un ans plus tard, Jordan Brand a pesé 7 034 millions de dollars sur l’exercice 2026 de Nike, en repli de 3 % en données publiées. La marque d’un homme qui n’a plus joué depuis 2003 reste l’un des actifs les plus lourds du groupe.
Spot-Bilt avait mis plus d’argent que Nike sur la table. Jordan a pris le pourcentage. C’est toute la différence entre être payé et être associé.
D’après les déclarations de David Falk à ESPN
Le précédent Federer, et pourquoi il change tout
On n’en est pas à son premier coup de ce genre. En 2018, la marque suisse avait déjà pris à Nike un de ses visages les plus identifiables, Roger Federer, et lui avait donné une participation plutôt qu’un simple contrat d’image. C’est ce précédent qui rend l’opération Mbappé lisible.
Les ordres de grandeur qui circulent donnent le vertige et doivent être maniés avec des pincettes : L’Équipe, repris par l’Irish Times, situe la valorisation actuelle de On autour de 20 milliards d’euros et estime la part de Federer aux environs de 500 millions. Aucun de ces deux chiffres ne sort d’un document d’entreprise. Mais ils expliquent mieux qu’un long calcul pourquoi un joueur de 27 ans refuse 200 millions d’euros garantis sur dix ans.
Côté marché, la réaction a été nette sans être spectaculaire : le titre On Holding a progressé dans la séance qui a suivi l’annonce. Là encore, les comptes rendus divergent sur l’ampleur exacte du mouvement, entre une hausse modeste et un bond de l’ordre de 6 %, ce qui invite à ne pas en faire un argument.
Trailer de lancement officiel d’EA Sports FC 27, publié sur la chaîne EA SPORTS FC. C’est dans ce film, et non dans un communiqué produit, que les premières images de Mbappé chaussé par On sont apparues.
Un visage, pas un modèle
Le football reste la première catégorie mondiale de Nike, et la marque y conserve un vivier considérable. Ce qu’elle perd tient moins au chiffre d’affaires qu’au symbole : elle n’a jamais reproduit hors du basket la formule qui a fait Jordan Brand, et elle vient d’en payer le prix sur son terrain le plus rentable.
Une entrée de catégorie, pas une publicité
On n’a aucun crampon au catalogue. Recruter simultanément le joueur et un directeur du football, puis l’associer au développement produit à Zurich, ressemble moins à une campagne qu’à une construction de gamme. La méthode est celle que la marque a employée en running.
Ce que ça change concrètement pour toi
Si tu suis la sneaker plus que le football, retiens surtout ceci : tu ne verras rien avant longtemps. Un crampon se développe sur des cycles bien plus lourds qu’une paire de rétro, et On parle de 2027 pour ses premiers modèles. D’ici là, pas de silhouette, pas de SKU, pas de date. Méfie-toi des images qui circuleront entre-temps : elles seront des maquettes de fans, comme toujours dans ces cas-là.
Si tu t’intéresses à l’économie derrière les paires, en revanche, tu tiens là le dossier le plus instructif de l’année. Le contrat Jordan de 1984 est l’acte fondateur du secteur, et il est en train d’être retourné contre celui qui l’a signé. Quand tu liras le prochain « record historique » annoncé pour un athlète, pose-toi la question que Jordan s’est posée en Oregon : est-ce un chèque, ou une part ?
Et si tu es français, savoure quand même le détail. Le premier directeur du football d’une marque suisse qui attaque Nike s’appelle Thierry Henry. Le joueur qu’il fait basculer s’appelle Kylian Mbappé. La bascule du modèle inventé pour un joueur des Bulls passe, cette fois, par deux Français.
On annonce Mbappé comme ambassadeur mondial et Henry comme directeur du football, avec un accord mêlant cash et titres et des premiers crampons attendus en 2027. Nike aurait proposé dix ans à plus de 20 M€ par an pour le garder, selon L’Équipe. En face, le précédent Federer : une participation entrée en 2018, estimée aujourd’hui autour de 500 M€ par la même source.
Trois inconnues restent au tableau : la durée et le montant réels du contrat, que ni On ni Mbappé n’ont communiqués ; la taille exacte de la participation, qui n’apparaît dans aucun document d’entreprise ; et la nature du premier produit, puisque On n’a pas encore montré un seul crampon.
Sources
- Sneaker News — Kylian Mbappé Leaves Nike For On Running, 18 septembre 2026
- CNN Business — On signs French football star Mbappé, 18 septembre 2026
- The Irish Times — Mbappé walks away from €20m per year Nike contract, 21 septembre 2026, citant L’Équipe
- Footwear News / WWD — Mbappé leaves Nike for On Running
- ESPN — Michael Jordan’s agent tries to set record straight on original Nike deal, Darren Rovell, 4 mai 2016
