« Pas à Pas » : Paris met la chaussure sous vitrine, et la sneaker n’a droit qu’à un strapontin
Il y a un an, le MoMA faisait entrer l’Air Jordan 1 dans ses collections. Cet été, le Museum of Arts and Design de New York consacrait à Nike sa première rétrospective muséale. La sneaker n’a plus besoin de plaider sa cause devant un conservateur : la partie est gagnée, du moins outre-Atlantique.
À Paris, la grande exposition chaussure de la rentrée ouvre le 9 septembre. Elle s’appelle « Pas à Pas », elle est gratuite, elle dure jusqu’au 28 octobre, et elle se tient sous la coupole Wybo, au sixième étage du Printemps Femme. Onze sections, des pièces d’archives, des prêts de musées spécialisés et quatorze maisons annoncées. Dans cette liste, deux viennent du sport — Lacoste et Puma. Aucune du basket.
« Pas à Pas » se tient du 9 septembre au 28 octobre 2026 au Printemps Haussmann, sous la coupole Wybo, au sixième étage du Printemps Femme. Entrée libre, audioguide gratuit par QR code, visites guidées le week-end sur inscription. La liste des maisons communiquée compte Alaïa, Balenciaga, Dior, Gucci, Louis Vuitton, Louboutin, Margiela, Rabanne, Roger Vivier, Vivienne Westwood, plus Lacoste et Puma pour le sport. Aucune marque de basket.

C’est là que « Pas à Pas » se monte, au dernier niveau du Printemps Femme. Un espace de grand magasin, pas une salle de musée : la nuance compte pour comprendre ce que l’exposition peut et ne peut pas se permettre.
Ce qui se monte sous la coupole Wybo
Le Printemps a pris l’habitude. Après « Vestologie », consacrée à la veste, puis « Sac, sac, sac : More Than a Bag », consacrée au sac, la maison descend d’un cran et s’occupe des pieds. Le principe reste le même : une exposition gratuite, montée dans le magasin, sur un objet du vestiaire qu’on croit connaître.
« Pas à Pas » ne se contente pas d’aligner des chaussures remarquables. Le propos annoncé est de regarder ce qu’elles disent de nos époques, de nos corps et de nos habitudes : protection, séduction, statut social, performance, contrainte, désir. Les pièces viennent des collections du Musée des Métiers de la Chaussure, du musée belge Shoes Or No Shoes, et de prêts consentis par des maisons et des créateurs.
La liste annoncée donne le ton : Alaïa, Balenciaga, Dior, Gucci, Jean Paul Gaultier, Lacoste, Louis Vuitton, Louboutin, Maison Margiela, Moschino, Puma, Rabanne, Roger Vivier, Vivienne Westwood. Quatorze maisons annoncées : douze issues de la mode et du soulier, deux venues du sport, aucune du basket.
Onze sections, et celle où le sport devrait vivre
Le parcours va de « Passage » à « Ébauche » en passant par « Évolutions », « Fétiche », « Performance », « Formes », « Empreintes », « Résonance », « Parure », « Transparence » et « Figuration ». Certaines de ces sections sont franchement inventives : « Empreintes » s’intéresse aux marques que nos semelles laissent derrière elles, « Résonance » au bruit de nos pas, avec des pièces sonores du compositeur Olivier Hazemann et le travail de la designer sonore Claire André.
Une section porte le nom de « Performance ». C’est, sur le papier, l’endroit exact où la sneaker de basket a sa place — l’objet technique par excellence, celui qui a fait passer la chaussure de sport de l’atelier au trottoir. C’est aussi la seule case du parcours dont le contenu n’a pas été détaillé dans la communication.

Onze sections, dont une qui s’appelle « Performance ». Quatorze maisons annoncées, et pas une marque de basket.
« Pas à Pas », Printemps Haussmann, 9 septembre – 28 octobre 2026
Une seule marque de sport dans la liste
Précisons tout de suite : dire que la sneaker est absente serait faux. La présentation de l’exposition la cite explicitement, aux côtés des talons, des mocassins et des souliers devenus objets d’art. Puma et Lacoste figurent parmi les maisons annoncées. Le sport est là.
Ce qui manque, c’est le pan de l’histoire de la chaussure que l’Amérique a passé quarante ans à écrire. Aucune marque de basket n’apparaît dans la liste communiquée. Or, si l’on cherche l’objet qui a fait basculer la chaussure de sport hors du terrain — pas comme accessoire de mode, mais comme monnaie culturelle —, il faut regarder du côté de Portland et de Chicago, pas de Herzogenaurach.
On peut lire ça de deux manières. Soit la sélection est incomplète et la section « Performance » réserve des surprises, ce qui est parfaitement possible puisque son contenu n’a pas été détaillé. Soit c’est un choix éditorial, et il dit quelque chose de la place que la culture sneaker occupe encore dans le regard institutionnel français.
Ce que le MoMA a fait, et ce que Paris ne fait pas
La comparaison n’est pas gratuite, parce que le calendrier la rend inévitable. Le MoMA a fait entrer l’Air Force 1 dans ses collections il y a dix ans, puis l’Air Jordan 1. Le Museum of Arts and Design de New York a monté cette année la première rétrospective muséale consacrée à Nike. Dans les deux cas, l’institution ne se contente pas d’exposer une chaussure de sport : elle la traite comme un objet de design, avec le même appareil critique qu’un fauteuil ou une affiche.
Paris a une autre tradition, et elle n’est pas moins légitime. Ici, la chaussure entre par la mode : le soulier de couture, l’escarpin, la semelle rouge, le savoir-faire. « Pas à Pas » s’inscrit dans cette lignée, avec des prêts de musées spécialisés. C’est cohérent, c’est documenté, et c’est gratuit.
Reste que l’exposition promet de raconter ce que la chaussure dit de nos habitudes et de nos corps. Pour quiconque a grandi en France dans les années 1990 et 2000, cette histoire-là passe aussi par une paire de basketball qu’on n’avait pas les moyens de s’offrir. C’est cette page qu’on aimerait trouver sous la coupole.

La chaussure comme design
Le MoMA acquiert l’Air Force 1, puis l’Air Jordan 1. Le MAD consacre une rétrospective à Nike. La sneaker est traitée comme un objet industriel digne d’étude.
La chaussure comme mode
« Pas à Pas » entre par le soulier, la couture et le savoir-faire. Quatorze maisons annoncées, deux marques de sport, aucune marque de basket citée.
À New York, la sneaker est entrée par la porte du design. À Paris, elle attend encore dans le couloir de la mode.
Du MoMA au Printemps Haussmann
Aucun visuel de l’exposition n’a été diffusé à ce jour, et le contenu de la section « Performance » n’a pas été détaillé. En attendant l’ouverture, le point de comparaison le plus direct reste l’institution qui a fait entrer l’Air Force 1 puis l’Air Jordan 1 dans ses collections permanentes.
Ce que ça change concrètement pour toi
C’est gratuit et c’est à Paris : si tu passes par le neuvième entre le 9 septembre et le 28 octobre, tu n’as aucune raison de t’en priver. Sixième étage du Printemps Femme, sous la coupole. L’audioguide est accessible par QR code, sans frais et sans réservation.
Pour le format long, les visites guidées ont lieu le week-end, sur inscription. C’est probablement là qu’on obtiendra la réponse à la question qui nous intéresse : ce qu’il y a exactement dans la section « Performance ».
Un conseil de lecture, si tu viens avec un œil de collectionneur : va voir « Empreintes » et « Résonance » avant le reste. La trace d’une semelle et le bruit d’un pas sont deux sujets que la culture sneaker connaît par cœur, et que la mode traite rarement.
Ce qu’il faudra vérifier sur place
Trois choses ne sont pas tranchées avant l’ouverture. Le contenu réel de la section « Performance », dont la communication ne dit rien. La présence ou non d’une pièce de basketball dans le parcours, alors qu’aucune marque du secteur n’est citée. Et la place accordée à la sneaker dans les sections historiques, au-delà de la simple mention dans le texte de présentation.
On y passera. Pas pour prendre la mesure d’une absence, mais parce qu’une exposition gratuite qui consacre onze sections à la chaussure mérite qu’on aille voir avant de conclure. Rendez-vous après le 9 septembre.
« Pas à Pas », du 9 septembre au 28 octobre 2026, au Printemps Haussmann, sous la coupole Wybo au sixième étage du Printemps Femme. Entrée libre, audioguide gratuit par QR code, visites guidées le week-end sur inscription. Onze sections, des prêts du Musée des Métiers de la Chaussure et du musée belge Shoes Or No Shoes.
Trois inconnues restent au tableau : le contenu de la section « Performance », jamais détaillé ; la présence d’une pièce de basketball, alors qu’aucune marque du secteur n’est citée dans la communication ; et les horaires exacts, que le lieu invite à confirmer directement.
Sources
- Sortir à Paris — « Pas à Pas », programme, sections, maisons et informations pratiques
- Sortir à Paris — la rentrée mode à Paris, septembre 2026
